17 mai 2007
suite
Pour moi c’était évident qu’il serait bien chez des gens qui l’ont désiré mais cette famille ne me semblait pas avoir les mêmes buts que nous. Cela m’effrayait beaucoup et je me sentais totalement impuissante tout comme ma mère et le reste de la famille.
Maman nous disait, pour nous épargner, qu’il fallait penser à Kévin, à son avenir, à l’amour qu’il allait aussi recevoir dans cette famille, que peut-être nous pourrions encore aller le voir de temps en temps. Elle faisait la forte pour nous épargner mais elle souffrait profondément et était tout aussi sceptique que moi concernant ces parents.
Mes parents ont donc exprimé leur sentiment et ils ont été plus ou moins écoutés puisqu’ils ont été convoqués au tribunal de la petite enfance pour en parler. J’ai alors pris mon après-midi de libre pour y accompagner ma mère. Je voulais être près d’elle et aussi je voulais qu’ils entendent ma version, celle qui serait moins gentille que celle que dirait ma mère.
Je ne crois pas avoir déjà été aussi angoissée de ma vie. Nous avions emmené Kévin pour montrer à tous ces juges comment il était grâce à nous, et surtout grâce à ma mère.
Pour résumer, pendant la séance, nous avons du nous vendre comme des fruits frais, je sentais pendant tout cet interrogatoire que nous allions le perdre. Pour finir, nous avons surtout dit que nous souhaitions le bonheur de Kévin dans une famille d’adoption mais que nous voulions que la séparation se passe en douceur. Nous pensions qu’il fallait un an pour que cela se passe bien. Les parents pourraient venir le voir au début pour voir comment il vit, puis le prendre quelques week-end de temps en temps, puis une ou deux semaines pendant les vacances. Il fallait absolument que Kévin ait le temps de les adopter à son tour et il fallait qu’il comprenne que nous ne le laissions pas à des inconnus parce que nous ne voulions pas de lui.
Les juges nous ont demandé de sortir de la salle, ils allaient délibérer de suite ce que nous ne savions pas et nous rappeler ensuite. Je ne me rappelle plus combien de temps cela avait vraiment durer mais nous avions la gorge serrée et nous pleurions à chaque fois que Kévin levait les yeux sur nous. Il ne comprenait pas ce qu’il pouvait bien se passer ici, il jouait innocemment dans les couloirs et moi je n’arrêtais pas de me dire que nous allions être séparés de lui très rapidement, je sentais qu’ils avaient déjà pris leur décision.
Nous avons finalement été rappelés dans la salle, les juges avaient tous un air sévère et j’ai senti mon cœur s’arrêter à ce moment-là. Nous nous sommes installées et ils ont commencé à parler, je ne me rappelle plus du tout ce qu’ils disaient, mes oreilles bourdonnaient et ma tête semblait prête à éclater, la chose dont je me rappelle est cette phrase « vous avez raison, cette famille ne nous semble pas être la bonne pour le petit Kévin et nous allons laisser tomber cette affaire, en outre, nous vous promettons de faire une séparation progressive si toutefois nous trouvions des parents adoptifs pour lui ».
Nous nous sommes regardées, ma mère et moi, et nous avons soufflés toutes les deux en même temps, un ouf qui venait du fond du cœur. Les larmes n’arrêtaient pas de couler et je tremblais de la tête aux pieds. Nous prenions Kévin dans nos bras en l’étouffant presque tellement nous le serrions sur nos coeurs.
IX
Kévin a eu 4 ans quand il a enfin été accepté à l’école maternelle du village. L’institutrice n’était pas très chaude pour le prendre du fait qu’elle n’avait pas d’aide auxiliaire et qu’elle avait déjà un autre trisomique dans sa classe. La pression aidant, il y est donc allé en demi-journées pendant un an.
Il faisait encore d’énormes progrès depuis qu’il était à l’école. Il parlait de mieux en mieux, son vocabulaire était de plus en plus riche, pour le situer, à 4 ans il parlait comme un petit de 2 ans. Il avait rattrapé presque tout son retard mais je crois que ces deux ans de décalage par rapport à son âge existeront toujours. Je ne pense pas qu’il puisse un jour être complètement comme un enfant de son âge, le retard mental étant un aspect de la trisomie.
Ma mère a continué à aller deux fois par semaine chez l’orthophoniste pour améliorer l’articulation des mots. Et les résultats étaient spectaculaires. Il parlait bien mieux que d’autres trisomiques plus âgés que lui que nous voyions. En fait, Kévin a profité des conseils des parents de trisomiques qui n’avaient pas eu la chance d’en avoir quand leur enfant est né. Les possibilités étaient nombreuses maintenant que la maladie était plus connue. Nous savions d’emblée tous les soins à prodiguer et tout le suivi orthophonique à faire.
Un jour, l’association de parents d’enfants trisomiques a demandé à ma mère d’aller voir près de chez nous des parents d’un enfant trisomique qui venait de naître. Les parents n’arrivaient pas à accepter cette naissance, et le bébé ressentait fortement qu’il n’avait pas d’amour de la part de sa famille. Elle y est donc allée avec Kévin pour leur parler de la maladie. Elle y est restée très longtemps mais visiblement le message est bien passé puisque maintenant les parents faisaient partie de l’association et semblaient fortement tenir à cet enfant.
Ce genre de petites victoires nous réchauffait le cœur à chaque fois. Nous pouvions bien-sûr comprendre les parents qui trouvaient insurmontable d’accepter un enfant anormal ; mais depuis que nous connaissions Kévin, il devenait difficile de penser que des gens pouvaient abandonner leur enfant.
Pendant ce temps-là , l’association pour les parents de trisomiques gagnait une grande bataille en ouvrant la première classe pour trisomiques dans une grande ville. Là-bas, tous les enfants avaient leur chance de réussir à apprendre des
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