17 mai 2007
suite
VII
Kévin faisait de très gros progrès en langage, il marchait mieux mais il portait toujours des couches à 3 ans.
Nous nous sommes rapidement rendu compte que l’opération pour son anus n’avait pas complètement réussie. En fait, il avait un problème avec son muscle qui est incapable de retenir ses pipis et cacas. Il sait donc qu’il a envie d’aller aux toilettes mais ne peut pas retenir ces envies . Il n’y a pas vraiment de solution à ce problème et il faudrait que Kévin puisse dire vite ses envies pour éviter qu’il en mette plein dans les culottes.
Pendant ce temps-là, ma mère cherchait à le scolariser par tous les moyens, l’institutrice ne voulait pas de Kévin, car elle n’avait pas d’aide auxiliaire et l’effectif était trop important. De plus, elle n’acceptait pas d’enfants avec des couches, c’est la même règle pour tout le monde. Nous ne pouvions pas accepter que Kévin soit repoussé au moins pour cette raison, car il était incapable d’être propre à cause de ses problèmes de santé. Bien sûr, nous n’avions aucun recours puisque les enfants ne sont pas obligés d’aller à la maternelle et par conséquent les instituteurs ne sont pas obligés de le prendre s’ils ont trop d’élèves.
Nous étions dégoûtés, allait-on toute notre vie devoir nous battre contre l’enseignement ? Pourquoi n’avait-il pas le droit d’aller à l’école comme tout le monde, alors qu’il se comportait comme tout le monde ? Etait-il important à la maternelle d’avoir de grandes capacités ?
Ma mère a donc été obligée de repousser sa scolarisation à l’année suivante, en espérant trouver une solution pour le faire admettre. Kévin avait besoin, plus que les autres enfants, d’être en groupe, d’apprendre à jouer, parler, lire, danser, chanter... Il n’était entouré que par des adultes qui l’adulaient depuis sa naissance, il allait devoir rapidement être confronté aux problèmes et apprendre à se défendre.
Elle a donc décidé de le mettre au moins en demi-journées à la crèche. Il y a appris un tas de choses, ses petits camarades n’ont pas fait de différence et le personnel était adorable avec lui. Ils lui ont tous donné sa chance en le laissant participer à toutes les activités sans restrictions. Il a obtenu de belles victoires, comme manger tout seul par exemple, il était très fier de lui.
C’est drôle ce sentiment de fierté qu’il a lorsqu’il réussit quelque chose, on peut
alors entendre applaudissements et cris de joie. Il se fait une véritable fête.
Et inversement, si Kévin déçoit et s’en rend compte ou s’il rate quelque chose d’important, il perd très rapidement son calme et se tape lui-même. Il est très important pour lui d’être la star. Il attire l’attention sur lui, fait en sorte de toujours se faire voir, il ne supporte pas que quelqu’un d’autre passe devant lui.
Par exemple, si un autre enfant fête son anniversaire, il faut allumer les bougies aussi à Kévin, car il n’est pas question que lui n’ait pas le droit de souffler.
VIII
Cette année s'était plus ou moins écoulée sans embrouilles. Kévin avait de plus en plus de mots dans son vocabulaire, il essayait de s’exprimer comme il pouvait et nous piquions de sacrés fous rires en le voyant parler.
Mon cœur et celui de toute la famille se remplissait de fierté en le voyant ainsi alors qu’on avait pu entendre les pires horreurs sur cette maladie. Kévin avait pris la plus belle revanche sur la vie et il semblait extrêmement heureux, car tout le monde l’adorait. C’était un enfant qui ne pleurait jamais même pour les petits bobos, il était toujours souriant et ceci déjà le matin au réveil. Comment ne pas l’aimer alors que lui donnait tout ce qu’il pouvait sans jamais compter ?
Un jour ma mère m’a téléphoné au travail pour me dire qu’elle avait eu un coup de fil de ses employeurs qui lui annonçaient de but en blanc qu’ils avaient certainement trouvé quelqu’un pour l’adopter. Je crois bien que j’ai failli tomber de ma chaise. Nous avons toujours gardé quelque part en nous cette possibilité mais au bout de trois ans, qui pensait encore que cela allait nous arriver ?
Tous les jours, nous obtenions d’autres informations. Cette famille qui voulait adopter Kévin était composée d’une femme âgée de 35 ans environ et d’un homme d’une quinzaine d’années de moins qu’elle. Ils avaient déjà un enfant et souhaitaient un enfant trisomique. On nous avait aussi laissé entendre que les parents voulaient être payés pour élever Kévin, cela nous a profondément choqués. Je ne pouvais pas comprendre que quelqu’un souhaitait adopter un enfant et réclamer de l’argent pour cela.
Nous étions tous négatifs, on ne sentait pas du tout cette histoire, cela nous semblait bizarre. De plus, ils avaient prévu de leur donner Kévin rapidement sans vraiment de temps d’adaptation et tout le monde aurait pu leur dire que cela ne pouvait pas se passer comme ça. Cet enfant était beaucoup trop attaché à toute la famille pour partir du jour au lendemain chez de parfaits inconnus. Cette façon de procéder nous blessait et nous trouvions cette idée de plus en plus dangereuse.
A ce moment-là, je ne pouvais même pas regarder le gamin sans m’effondrer en larmes. Je n’ai pas montré à ma mère combien j’étais malheureuse car je ne voulais pas qu’elle craque elle aussi. La nuit aussi je pleurais beaucoup. Bien sûr, je me disais que d’avoir des vrais parents à lui, cela était certainement la meilleure chose qui pouvait lui arriver, que là au moins son avenir serait assuré.
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